Je m'endormis sur ma lecture, glissant peu à peu dans un cauchemar, dans lequel, j'étais terriblement malade. Je me tordais de douleur, nu sur la table d'examen de l'infirmerie. L'infirmière me menaçait son thermomètre à la main. Angélique surgit, riant à gorge déployée.
- Tu vas mourir avec moi, riait-elle.
Puis mes parents et Louis apparurent aux côtés de l'infirmière et d'Angélique, ils pleuraient tous en me regardant. Ils me jetaient des roses.
- Je t'aime, disait Angélique en pleurant.
- Réveille-toi ! criait l'infirmière, me secouant. Edward, réveille-toi !
J'ouvris les yeux, je vis ma mère le visage inquiet, les joues striées de larmes.
- J'ai eu si peur en voyant que tu ne te réveillais pas, avoua-t-elle.
Ma mère me prit dans ses bras, embrassant mes joues et mon front.
- Maman, je suis contagieux, dis-je faiblement.
- Ça n'a plus d'importance, soupira-t-elle.
Je la regardai, perplexe.
- Papa est très malade, il est à l'hôpital, pleura-t-elle.
Je m'inquiétai, les larmes aussi se mirent à rouler sur mes joues, malgré moi. Je serrai ma mère contre moi, j'avais peur de la perdre, elle aussi. J'avais peur pour elle, maintenant. Je ne voulais pas être séparé d'elle.
Ma mère repartit, me laissant seul. Je l'entendis marcher dans le couloir. Un instant plus tard, j'entendais la vaisselle et les casseroles s'entrechoquer. Je compris qu'elle préparait le repas. Les larmes recommencèrent à couler d'elles-mêmes. J'étais submergé par la peine et la peur. Je repensais à Louis, lorsqu'il m'avait appris, tantôt, que son père était malade. Maintenant, je savais ce qu'il ressentait. Seulement j'avais encore plus peur que lui. Si mon père mourrait, je me retrouverais seul avec ma mère. Je décidai de me battre contre la maladie, sachant qu'elle aurait besoin de moi.
Soudain, ma mère entra dans ma chambre, avec mon repas sur un. J'essuyai rapidement mes larmes, tandis qu'elle refermait la porte derrière elle, me tournant le dos. Lorsqu'elle se retourna vers moi, je croisai ses yeux bouffis et rouge. Elle me souriait tendrement. Celle-ci déposa le plateau sur ma table de chevet. Je me relevai. Elle s'empara de mon oreiller, le tapota. Elle le plaça à la verticale, derrière mon dos.
- Merci, dis-je, en m'installant confortablement contre celui-ci.
Ma mère remonta les couvertures, le plus haut possible sur moi, puis déposa le plateau sur mes genoux. Dessus se trouvait un bol de sa délicieuse soupe, sur laquelle flottaient des croutons de pain et des morceaux de fromage, un verre d'eau et une miche de pain. S'emparant de la cuillère à soupe plus rapidement que moi, elle la remplit et la porta à ma bouche. Je l'ouvris machinalement.
- Je peux manger seul, dis-je doucement, après avoir terminé ma cuillerée.
- Oui, je sais, dit-elle me tendant la cuillère.
Je commençai à manger, elle me regardait tendrement. Elle passa sa main délicatement dans mes cheveux.
- Tes cheveux poussent très vite, je les couperai quand tu iras mieux.
Je la regardai, en mangeant. Elle m'examina plus attentivement.
- Tu as vite grandit, commença-t-elle. Tu es un homme à présent.
Elle me souriait. Je ne comprenais pas le sens de sa phrase.
- Mange, tu as besoin de forces.
Je me rendis compte que je m'étais arrêté de manger, plongé dans ma méditation.
- Comment as-tu été contaminé ?
Je lui narrais l'incident, rougissant de cet instant magique que j'avais passé avec Angélique.
- Tu es malade à cause d'une fille ! s'indigna-t-elle.
Je perçus de la tristesse dans sa voix. Je culpabilisai de lui infliger une telle blessure.
Lorsque j'eus terminé mon repas, elle me conseilla de dormir, prenant le plateau. Puis, elle sortit de ma chambre, tandis que je m'allongeais. Me sentant soudainement faible, je plongeais rapidement dans un profond sommeil.
Je me réveillai en toussant violemment, ma gorge me tiraillait.
- Est-ce que ça va ? s'inquiéta ma mère, courant jusqu'à moi.
- J'ai mal, dis-je d'une voix cassée, une fois ma toux calmée.
Les poumons me brûlaient la poitrine.
- Repose-toi encore.
- Je dois aller à l'hôpital, m'a dit l'infirmière.
- Non, je vais te soigner, ne t'inquiète pas, tout va bien se passer.
Me sentant trop faible pour répondre, je me contentais de la regarder. Elle alla s'asseoir dans le fauteuil à bascule qui se trouvait devant la fenêtre de ma chambre. En regardant dehors, je vis qu'il faisait déjà nuit. Elle étala une couverture bordeaux sur ses jambes, et repris son tricot. Il s'agissait d'un pull ivoire, elle l'avait bientôt terminé. Mes paupières lourdes se fermèrent.
Ma mère m'éveilla au matin, avec mon petit déjeuné sur un plateau. Je mangeais lentement, chaque gorgée était une souffrance.
Après avoir terminé mon repas, je me plongeais dans le bain que ma mère avait fait couler. Le contact de l'eau me brûlant la peau. Je pris conscience que j'avais froid. Je restais immobile au fond de l'eau quelques minutes afin que mon corps se réchauffe. Je respirais péniblement. Ma mère apparût dans la petite pièce, un courant frais s'infiltra, effleurant mon visage. Je me mis à frissonner malgré la chaleur de l'eau. Elle entreprit de me laver, je ne bronchai pas, m'en sentant incapable.
Soudain, je fus pris d'une terrible quinte de toux. La poitrine prise dans un étau, la gorge en feu, la douleur s'intensifiait. Je finis par me calmer, la douleur demeurant toutefois. Un filtre noir apparut devant mes yeux. Je sentis mon corps lourd couler au fond de l'eau, mes narines en furent inondées. Soudain, deux étaux enserrèrent mes biceps, me soulevant. Je sentis le froid sur mon visage, tandis que l'obscurité m'emportait. Une douleur violente cingla ma joue, faisant siffler mon oreille.
- Réveille-toi, je t'en supplie, implora ma mère, alors que j'entrouvris péniblement les yeux.
Je sentis la chaleur de l'eau s'évacuer de la baignoire, ma mère me soutint jusqu'à mon lit. Ayant repris connaissance, je rassemblais mes forces pour l'accompagner dans cet effort.
Atteignant mon lit, je me rendis compte que je frissonnais. Elle me sécha les cheveux et m'aida à m'habiller. Elle me coucha sous les couvertures. Je replongeais dans un profond sommeil.
Je me réveillai le corps traversé de longs frissons, tremblant de froid. J'entrouvris mes paupières lourdes, ma mère tamponnait mon visage d'un linge humide et froid. Je la regardais les yeux embrumés.
- J'ai froid, murmurai-je.
Puis une quinte de toux plus violente encore que les précédentes, me secoua. Mes poumons se consumaient, j'avais l'impression que j'allais les recracher. Mais au lieu de ça, se fut du sang qui jaillit de ma bouche. Je n'arrivai pas à reprendre mon souffle.
Il me fallut un instant pour me calmer. Ma mère m'habilla plus chaudement avec le pull qu'elle avait terminé de me tricoter, un pantalon, puis elle me mit mon blouson et mes chaussures. Elle m'allongea sur mon lit, je la regardais enfiler une veste et ses chaussures.
- Où va-t-on ? demandai-je faiblement.
- A l'hôpital, répondit-elle fermement.
- Je ne veux pas te laisser seule, répliquai-je.
- Tu es trop malade, il faut que tu voies un médecin, riposta-t-elle.
Puis, me soutenant, elle m'aida à me relever. Nous marchâmes ainsi jusqu'à l'hôpital. Celui-ci se trouvait à une centaines de mètres de chez nous. Nous fîmes plusieurs pauses.
A l'hôpital, nous fûmes accueillis par une infirmière, rousse aux cheveux bouclés, relevé en chignon, son visage paraissait fatigué. Elle nous conduisit jusqu'à une vaste pièce, où il y avait une centaines de lits installés en rangées, ils étaient presque tous occupés. Deux hommes en blouse blanche passèrent devant nous transportant un brancard occupé par une personne recouverte entièrement d'un drap. Je les suivis des yeux, inquiet.
Soudain, je sentis une poigne solide me soutenir opposé à ma mère.
- Je vais vous aider, dit une voix virile.
Me tournant dans sa direction, je vis un homme d'une trentaine d'année, blond, plus grand que moi. Il portait une blouse blanche. Il m'installa sur un lit, se penchant sur moi. Je croisai ses yeux d'une couleur étrange, entre le miel et le caramel. Un sourire aimable étirait ses lèvres, sa peau était d'une pâleur maladive. Il était d'une rare beauté.
- Bonjour, je suis le Docteur Cullen, annonça-t-il.
- Bonjour, répondis-je faiblement.
Le docteur commença à m'ausculter, je frissonnai au contact de ses doigts glacés sur ma peau.
- Depuis quand es-tu malade ?
- Euh... j'ai été... contaminé... lundi.
Il leva un sourcil, puis regarda ma mère.
- Il a présenté les premiers symptômes avant-hier, dit-elle.
- Vous êtes malade aussi, constata-t-il, regardant ma mère se passer une main sur le front.
- J'ai juste mal à la tête, dit-elle. Mon mari a été transporté à l'hôpital il y a cinq jours. J'aimerai le voir.
- Comment s'appelle-t-il ? S'enquit-il grimaçant.
- Edward Masen.
Il lança un regard navré à ma mère.
- Il est décédé peut de temps avant votre arrivé, je suis vraiment désolé.
Des larmes roulèrent sur mes joues, j'attrapai la main de ma mère. Je la serrai le plus fortement possible. Elle me regarda, puis se jeta dans mes bras, je la serrai contre moi.
Le docteur termina son examen, me donna de l'aspirine. Il conduisit ma mère à un autre lit. Je m'endormis.
Je me réveillai en ayant mal sur tout le corps, les extrémités me démangeaient. Je continuai de tousser, la poitrine continuant de me brûler un peu plus à chaque fois. Je constatai que j'étais vêtu d'une unique chemise d'hôpital, sous un drap en coton. J'avais terriblement froid, je vis le docteur s'approcher de mon lit.
- Bonjour, chuchota-t-il, se penchant près de moi.
- On s'est vu tout à l'heure, dis-je faiblement.
- Non, c'était hier.
Je le regardai, surpris d'avoir dormi si longtemps. Il commença à m'ausculter.
- J'ai mal partout, annonçai-je, tandis qu'il examinait mes poumons.
Soudain, je fus pris d'une quinte de toux. Du sang jaillissait de ma bouche, tandis que je me tordais de douleur. Il me regardait tristement, son stéthoscope froid me brûlait la peau. Il lava le sang de ma bouche et changea ma taie d'oreiller, lorsque la toux s'estompa. J'étais surpris que se soit lui plutôt qu'une infirmière qui le fasse.
- Comment va ma mère ? demandai-je.
- Euh... elle est très malade aussi. Elle s'inquiète beaucoup pour toi.
- Faut pas qu'elle s'inquiète, je vais guérir.
Soudain, je sentis une remontée acide envahir ma bouche. Des spasmes contractèrent violemment mon estomac, me faisant vomir tout ce qu'il contenait. Lorsque je me sentis mieux, le docteur nettoya mon lit. J'en profitai pour regarder alentour, les lits étaient tous occupés. Il était tout seul à déambuler entre les malades, hormis deux hommes masqués qui transportaient le brancard. Ils disparaissaient de la pièce avec un cadavre, puis revenaient à vide en chercher un autre, faisant des navettes incessantes. L'infirmière de la veille avait disparu.
- Pourquoi n'êtes-vous pas malade ? demandai-je au docteur, lorsqu'il eut terminé de changer les draps.
Je remarquai ses gestes souples, élégants et rapides, il me sourit tendrement.
- Il faut croire que je résiste à la maladie.
- Je vais mourir, demandai-je en observant les brancardiers transporter le corps de la personne du lit se trouvant à côté du mien.
- Personne de cet hôpital n'y a survécu depuis ton arrivée.
Je le regardai tristement.
- Et le vaccin ?
- Aucun ne fonctionne, ils font sombrer les personnes dans la folie avant de mourir.
Je me mis à pleurer silencieusement. Il me regarda, compatissant.
- Je suis désolé.
J'attrapai sa main, la serrai fermement, le suppliant du regard. Je désirais vivre afin de rester auprès de ma mère. Elle avait besoin de moi, je devais la soutenir face à la lourde perte de mon père.
- Je vais voir ta mère, elle a besoin d'être rassurée à ton sujet, annonça-t-il se dégageant de moi.
Je le regardai s'éloigner.
- Edward, m'appela faiblement une voix familière.
Celle-ci venait du lit à ma droite. Mon meilleur ami y était allongé, en sueur, il grelotait aussi.
- Louis, tu es malade ?
- Oui, je suis arrivé avant toi.
- Comment va ta famille ?
- Il ne reste que moi, pleura-t-il.
Je tendis ma main dans sa direction. Maladroitement, il tendit la sienne vers moi et je m'en emparai.
- Mon père est mort et ma mère est malade, pleurai-je à mon tour.
Soudain, il se mit à tousser violemment. Il se tordait de douleur en crachant du sang, abondamment. Puis, tout à coup, ses mouvements cessèrent. Sa main devint lourde dans la mienne. Son visage figé baignait dans le sang, ses yeux restaient fermés.
- Louis ! appelai-je faiblement.
Comme il ne répondait pas, je secouai sa main. Son bras se déplaça, sa tête y étant appuyée, glissa sur l'oreiller.
- Louis, pleurai-je.
Le docteur apparût près de nous. Il regarda mon ami, puis vis nos mains accrochées. Il tourna son triste visage vers moi.
- Je suis vraiment désolé.
- C'est mon meilleur ami, pleurai-je.
Il fit signe aux brancardiers de venir. Il détacha ma main de celle de mon ami, puis enveloppa le corps de ce dernier dans le drap dont il était couvert. Les hommes arrivèrent en courant, s'emparèrent du corps, le déposant sur le brancard. Ils le transportèrent hors de la pièce.
Le docteur resta vers moi, nettoyant le lit à côté. Je le trouvais sympathique. Je l'observai changé les draps. Il posa un regard inquiet sur moi, me dévisageant à son tour, en continuant ses gestes.
- Quel âge as-tu ? demanda-t-il.
- 17 ans, Docteur.
Il vint s'asseoir à mes côtés, ses traits étaient doux, il me regardait tendrement.
- Comment t'appelles-tu ?
- Edward, Docteur.
Il sourit en approchant sa longue main de mon visage. Un frisson de peur me parcouru le dos, sans que j'en connusse la raison. Ses doigts pénétrèrent mon épaisse chevelure.
- Ton père devait être fier d'avoir un fils comme toi.
Son élan de tendresse me surpris, je me repris.
- Il me l'a dit le jour de mon anniversaire, dis-je modestement. Avez-vous des enfants ?
- Non, je me sens bien seul.
Son regard se remplit de tristesse, je lui souris, compatissant.
- Mon père me manque, dis-je faiblement.
Des larmes s'échappèrent de mes yeux. Il tendit la main, ses doigts glacés caressèrent ma joue, les essuyant.
Soudain, un hurlement féminin se fit entendre, nous faisant sursauter. Il me regarda, puis se précipita en direction du cri. Je m'endormis.